Homélie - 4ᵉ dimanche de Carême
(Evangile Jn 9, 1-41)
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
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Homélie – 4ᵉ dimanche de Carême, Année A (2026)
En ce quatrième dimanche de Carême, appelé dimanche de Laetare, l’Église nous invite déjà à la joie au cœur du chemin pénitentiel. Cette joie vient de la lumière que Dieu fait briller dans notre vie. Les lectures d’aujourd’hui développent un thème commun : Dieu voit le cœur et il ouvre les yeux de l’homme.
Dans la première lecture, Dieu envoie le prophète Samuel pour choisir un roi parmi les fils de Jessé. Samuel est impressionné par l’apparence d’Éliab, mais Dieu lui dit : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ». Ainsi est choisi David, le plus jeune, celui qu’on n’attendait pas. Ce récit révèle une vérité théologique profonde : le regard de Dieu n’est pas celui des hommes. Dieu ne se laisse pas tromper par les apparences sociales, religieuses ou morales. Il voit la vérité intérieure de la personne. La grâce divine ne se fonde pas sur les critères humains, mais sur l’ouverture du cœur.
Cette révélation trouve son accomplissement dans l’Évangile de l’aveugle-né. Les disciples posent une question marquée par la mentalité religieuse de l’époque : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus refuse cette logique qui lie automatiquement souffrance et culpabilité. Il révèle plutôt que la fragilité humaine peut devenir le lieu où se manifestent les œuvres de Dieu.
Le miracle accompli par Jésus n’est pas seulement une guérison physique. Il est un signe baptismal et spirituel. Jésus met de la boue sur les yeux de l’aveugle et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Ce geste rappelle la création de l’homme façonné avec la terre et l’eau. Le Christ recrée l’homme et lui donne une lumière nouvelle. Dans la tradition de l’Église, ce passage est profondément lié au baptême, par lequel le Christ ouvre les yeux du cœur.
Cependant, l’Évangile montre un paradoxe. Celui qui était aveugle voit progressivement la vérité, tandis que les pharisiens, qui pensent voir, deviennent aveugles. L’aveugle guéri fait un chemin de foi : d’abord il parle d’« un homme appelé Jésus », puis il reconnaît un prophète, et enfin il confesse : « Je crois, Seigneur. » La véritable lumière n’est pas seulement de voir avec les yeux, mais de reconnaître le Christ et de croire en lui.
Saint Paul résume cette transformation dans la deuxième lecture : « Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. » La foi chrétienne n’est pas seulement une doctrine, mais une existence nouvelle. Celui qui a rencontré le Christ est appelé à vivre comme « enfant de lumière », c’est-à-dire dans la bonté, la justice et la vérité.
Pastoralement, cette Parole nous interroge aujourd’hui. Nous pouvons être parfois semblables aux pharisiens : convaincus de voir clair, sûrs de nos jugements, enfermés dans nos certitudes. Le Carême est justement le temps où Dieu veut guérir nos aveuglements intérieurs : nos préjugés, nos jugements rapides, nos indifférences.
Ce dimanche nous invite donc à demander au Seigneur une grâce simple, mais essentielle : la lumière du cœur. Voir comme Dieu voit, regarder les autres non selon l’apparence, mais selon leur dignité d’enfants de Dieu. Alors notre vie deviendra elle aussi signe de la lumière du Christ.
Que cette Eucharistie ravive en nous la grâce de notre baptême. Et que la parole de l’apôtre résonne pour chacun de nous : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. » Amen.
P. Gabriel BOLANGO ETAFE.
Eglise saint Roch – Saint Martin du Var
Dimanche 15 mars 2026